Témoignages sur les métiers d’enseignement

Témoignage sur l’enseignement : comme un père, comme un médecin…

Enseigner, c’est d’abord transmettre une passion. Si les élèves se souviennent finalement peu du contenu de l’enseignement prodigué, ils se souviennent surtout du maître qui, tout en transmettant passionnément la discipline à laquelle il a consacré sa vie, donne surtout ce qu’il est. Il cherche à être un passeur d’enthousiasme, de joie et de zèle pour ces vérités, ces beautés et ces bontés qu’il transmet par la littérature et la connaissance du cœur de l’homme que les grands auteurs ne cessent de montrer et d’expliquer. La connaissance du passé devient ainsi une lumière actualisée pour les intelligences qui s’éveillent et les volontés qui se forgent. Nihil novi sub sole ! Plus cette vérité est vécue par le maître, plus son enseignement devient alors efficace et marque ses élèves. Cette grande et forte influence du maître lui donne quotidiennement la force de lutter contre l’ignorance et la paresse des âmes touchées par le péché originel, qu’il contribue à soigner et à relever. En ce sens, enseigner est une véritable œuvre de miséricorde spirituelle que le professeur chrétien n’a de cesse d’accomplir partout où la Providence l’appelle, pressé par la Charité du Christ. Et voilà pourquoi il a tant de joie à donner !

Enseigner la philosophie

Après avoir passé ma licence de philosophie à l’Institut universitaire saint Pie X et mon doctorat à la Sorbonne, l’abbé Thouvenot, alors recteur de l’Institut, m’a demandé si je voulais intégrer le corps professoral. Je ne pensais pas un jour revenir à l’Institut, mais, à nouveau, je franchissais le portail du 21 rue du Cherche Midi. Avec une certaine satisfaction et de l’appréhension : j’avais eu la chance de recevoir tant et tant dans ce noble établissement, c’était maintenant à mon tour de transmettre. J’ai découvert alors ce que voulait dire mon professeur de philosophie platonicienne par « l’art d’accoucher les esprits ». Enseigner consiste à faire naître dans les intelligences la vérité. A amener, parfois dans la douleur (tant pour les élèves que pour le professeur !) ces jeunes intelligences à contempler le vrai. Et quelle satisfaction lorsque l’on voit le regard des élèves s’éveiller d’un seul coup, lorsqu’ils ont enfin saisi l’objet d’une démonstration. Cependant, entre comprendre et transmettre ce qu’on a compris, la différence est de taille. Saint Thomas a vu juste lorsqu’il écrivait que l’enseignement était vraiment l’achèvement de la pensée. Car la vérité est pleinement actualisée dans notre intelligence à partir du moment où l’on est capable de l’expliquer et de la faire comprendre. Le professeur saisit alors réellement le vrai et il réalise toute la difficulté pour y parvenir. Rien ne peut être laissé au hasard, pas d’échappatoire comme sur une copie, il va falloir répondre à toutes les questions et montrer beaucoup de pédagogie pour s’adapter à chacun des élèves. Mais quelle joie procure une journée d’enseignement ! Malgré la fatigue, on revient le cœur léger d’avoir accompli son devoir : transmettre ce que l’on a reçu.

Enseigner dans le Primaire

Pendant mes études à l’Institut Saint Pie X en Lettres classiques, j’ai énormément appris de mes professeurs, dans des domaines universitaires aussi variés que la Littérature, l’Archéologie, la Linguistique ou la Psychologie. Après ces années passées, il m’a semblé nécessaire de transmettre à mon tour ce que j’avais reçu, et c’est vers l’enseignement primaire que je me suis tournée.

A des enfants de cet âge, le professeur ne transmet que des connaissances simples, élémentaires, qui peuvent paraître de moindre importance face aux grandes vérités auxquelles ils auront accès plus tard. Mais en réalité, c’est en primaire que se creusent les fondations, que s’acquièrent les bases du savoir nécessaires à tout apprentissage futur. C’est à cet âge qu’ils commencent à comprendre, à réfléchir : la grammaire, par ses raisonnements logiques, les conduira à la Philosophie ; les bases du français les prépareront à aborder le Latin ou le Grec ; leur capacité à analyser un problème de calcul leur apprendra à affronter les problèmes et difficultés de la vie. C’est aussi dans ces classes que naissent de grandes passions pour l’Histoire, la Géographie ou les Sciences.

Ainsi, tout au début de leur apprentissage, l’institutrice éveille l’esprit des enfants, développe les curiosités, prépare les intelligences à recevoir l’enseignement des professeurs qui suivront. Et c’est une vraie grâce et une réelle joie que d’observer chaque jour les progrès de ces âmes, de les voir grandir et s’ouvrir à la Vérité.